Analyse | Le dernier pas est le plus difficile à franchir pour le Canadien
Vous voulez entendre parler d’Ivan Demidov, c'est promis, nous finirons par y arriver. Mais au 81e match de la saison, en plus des débuts fracassants du phénomène russe dans la LNH, il y a quelque chose de fondamental qui s’est produit du côté du Canadien lundi soir. Toute cette histoire de jouer des matchs significatifs se résumait à une chose pour le CH cette saison : qu’il soit exposé à des choses différentes et qu’il apprenne à les affronter, que ce soit ou non couronné de succès. Les matchs significatifs du mois de mars sont devenus les matchs significatifs d’avril, et l'équipe a accumulé un beau bagage d’expérience au travers des hauts et des bas. Mais être exposé au défi de confirmer sa place dans les séries éliminatoires est une tout autre chose. C’est à la portée du Tricolore depuis trois matchs, mais cela lui demande un sang-froid qu’il peine à trouver. De toutes les occasions qui s’offraient à lui de clore le dossier et d’obtenir son billet pour les séries, le match face aux Blackhawks de Chicago lui proposait indéniablement la meilleure chance. En plus du fait que les visiteurs ont donné un aperçu du jeune talent qu’ils sont en train de développer, le Canadien a été un peu l’artisan de son propre malheur en s'inclinant 4-3 en tirs de barrage. Il avait pris l’avance 2-0 en première période quand, dans un élan d’enthousiasme, Kaiden Guhle a asséné une percutante mise en échec au jeune Oliver Moore alors que ce dernier n’avait pas encore touché à la rondelle. Les Blackhawks ont profité d’un premier avantage numérique, ils ont marqué leur premier but, et l’équipe sur les talons des premières minutes a profité de la situation pour vraiment entrer dans le match. Pour la majorité de la rencontre par la suite, ce sont les Hawks qui ont donné le ton pendant que les favoris de la foule peinaient à sortir de leur territoire et qu’ils multipliaient les revirements à la ligne bleue offensive. Autant de dons déductibles d’impôts faits à l’adversaire. La mise en échec de Guhle était symptomatique d’une gestion des émotions qui n’allait pas de pair avec ce que le moment exigeait. Ce n’est pas que le Bleu-blanc-rouge n’a pas suffisamment le couteau entre les dents, ou qu’il ne le veut pas assez, ou que son sentiment d’urgence n’est pas à la hauteur. Le match pouvait avoir l’air de valider toutes ces choses, c'est vrai, mais selon Martin St-Louis, c’est une question de sang-froid. Le Canadien est devant un objet scintillant qu’il doit saisir, et ses mains tremblent. C'est sûr qu’à ce moment-ci, pour notre jeune équipe, je pense qu'on a de l'urgence, mais ça magane parfois notre lecture. On sait que c'est tellement là, on peut presque y toucher… Vivre ce genre de moment est un passage obligé. Cela fait partie de l’apprentissage d’une équipe qui est soudainement devant un grand moment et qui doit être à la hauteur. En matinée, comme une façon de les encourager à laisser derrière eux les revers à Ottawa et à Toronto, St-Louis avait présenté à ses joueurs l’idée que leur quête d’une place dans les séries s’apparentait à la victoire de Rory McIlroy au Tournoi des maîtres. Le golfeur nord-irlandais, a expliqué l’entraîneur-chef, n’a pas attendu que ses plus proches poursuivants trébuchent pour voguer vers la victoire. De la même façon que McIlroy s’est imposé avec des coups gagnants, le Canadien ne doit pas attendre que les Blue Jackets de Columbus perdent. Il doit lui-même enfoncer le dernier clou. Tout cela est bien, mais l’histoire complète montre un roulé que McIlroy a raté au 18e trou et qui a forcé la prolongation avec Justin Rose. On peut dire que l’analogie est désormais complète, car ce revers face aux Blackhawks est comme un roulé raté au 18e trou. Et le match ultime, mercredi face aux Hurricanes de la Caroline, sera un peu la prolongation que McIlroy a fini par remporter. Ivan Demidov s'est réjoui de son premier but dans la LNH en sautant dans les bras du vétéran Joel Armia. Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes Que faire quand un groupe qui tient son bâton trop serré ne réussit pas à s'exécuter comme une équipe digne de séries éliminatoires? Il peut sans doute se tourner vers la recrue candide qui ne ressent pas toute cette pression que les autres ont accumulée dans les dernières semaines. Qui est juste heureux d’être content, et qui savoure le fait de pouvoir terminer sa saison dans la Ligue nationale de hockey. Dès ses premières présences, Ivan Demidov a fait montre d’un instinct offensif redoutable. Et tout au long de la rencontre, il a généré des chances de marquer pour lesquelles ses compagnons de trio ne semblaient pas toujours prêts. Inscrire ses deux premiers points, dont son premier but dans la LNH, dans les 14 premières minutes du match en dit long sur l’impact que le jeune homme est prêt à avoir sur les matchs. C’est juste dommage que le Tricolore n’ait pas pris le contrôle du match après avoir eu l'avance 2-0. Certains parleront de sa tentative de tir bloquée qui a mené au troisième but des Blackhawks, mais regardez le positionnement de Newhook et d'Armia sur le jeu. Ils étaient tous les deux dans l’enclave, couverts par un opposant et ils n’étaient aucunement des options de passe. Ils ne pouvaient servir qu’à dévier un tir. Toute la façon dont le jeu s’est dessiné invitait Demidov à tenter un tir. Compte tenu de la frénésie entourant Demidov et du mythe qui s’est créé malgré lui autour de ses performances, c’est assez épatant qu’il soit parvenu à rester maître de ses émotions et qu’il se soit montré aussi efficace à son premier match dans la LNH. On parle ici d’une soirée possiblement étouffante pour un espoir de 19 ans et d’une situation où ne pas être tout à fait à la hauteur de l’emballement populaire aurait été parfaitement normal. Or, tout ce qu’a fait Demidov a été de montrer qu’il peut devenir avant longtemps le meilleur attaquant offensif de cette équipe. St-Louis est désormais devant un dilemme. Il sait que son équipe est engagée émotivement dans une course aux séries et que les douleurs et bénéfices d’une telle lutte constituent une expérience précieuse qu’il ne serait pas capable de recréer à l’entraînement. Maintenant, il lui reste un match pour confirmer sa place. Va-t-il demeurer fidèle au processus que traverse le groupe, en respectant la hiérarchie avec laquelle il a opéré toute la saison? Ou va-t-il oser se tourner davantage vers un nouveau venu qui a prouvé en seulement un match sa capacité à faire la différence? Demidov a été employé durant 16 min 56 s à son premier match dans la LNH, ce qui est tout à fait honnête. En même temps, il est devenu du jour au lendemain la carte cachée, l’électron libre que l’adversaire n’a pas encore cerné. Si la priorité est mise sur l’apprentissage du groupe, sur la nécessité inéluctable que les jeunes meneurs s’imposent mercredi contre la Caroline, il se peut bien que St-Louis continue de gérer son banc comme il l’a fait face aux Hawks. Si gagner mercredi est l’objectif absolu, il doit prendre acte du fait que ce jeune joueur, même s’il arrive comme un cheveu sur la soupe en toute fin de calendrier, a un talent incontournable qui ne demande qu’à être exploité. Demidov a des atouts que l’immense majorité de ses coéquipiers n’ont pas. L’utiliser davantage et profiter de ses habiletés hors du commun est peut-être la clé pour permettre au CH de surmonter ses enjeux émotionnels et d’enfin confirmer sa place dans les séries. Ce n’est pas orthodoxe, mais l'équipe a dans ses rangs une menace constante capable de changer le cours d’un match. Comme si le héros d’un jeu vidéo venait de se faire donner un superpouvoir. À lui de l’utiliser.On est partis très fort en marquant deux buts rapidement, a noté le gardien Samuel Montembeault. On jouait très bien en première jusqu’à ce qu’on prenne une pénalité. Ils ont pris du momentum en marquant en avantage numérique et le momentum a peut-être changé un peu...
La parabole du Tournoi des maîtres
Si tu es calme dans un moment stressant, tu vas exécuter beaucoup mieux, a expliqué St-Louis. Ta lecture est beaucoup plus claire quand tu es calme. Mais quand tu joues juste avec de l'urgence, et que tu veux tellement et que tu travailles, la roue tourne tellement vite que ta lecture n’est pas aussi bonne que quand tu es plus relax.
Là
, ce sont les séries.Je pense qu’on peut mieux canaliser nos émotions à certains moments, a souligné le centre Alex Newhook, compagnon de trio de Demidov. C’est évident que la foule était à fond dès le début et je pense qu’on ne l’a peut-être pas utilisé au mieux de nos capacités à certains moments. Mais c'est le résultat d'un seul match. Il faut jouer 60 minutes complètes, et c'est toujours une grosse occasion qui est devant nous. On aurait pris ça n’importe quand en début d'année.

Demidov s'impose
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